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Prix Hommage 2004

Extrait

La récipiendaire du Prix Hommage pour l'année 2004 est une personne qui, sur la scène culturelle valdorienne et abitibienne, s'est illustrée depuis plus de quinze ans, avec autant de constance que d'éclat, et avec un rayonnement sans cesse croissant. Un Prix Hommage qui se double dans le cas présent d'un Prix d'Excellence. Notre propos tentera ici d'illustrer en quoi.

Native de Val-d'Or, on peut presque dire qu'Anne-Michèle Lévesque a vu le jour au milieu de livres. Il n'était pas rare quand, en bas âge elle rentrait à la maison, de retrouver tous les membres de sa famille plongés dans la lecture. Cette ambiance familiale, propice à l'éclosion de talents, a fait d'elle très tôt une fine lettrée, si bien qu'en 11e année, alors qu'elle fréquentait l'Académie Saint-Sauveur, elle s'est vue décerner le 1er Prix de composition française pour l'ensemble du Québec.

Après avoir fondé une famille et tout en élevant ses deux enfants, Annie et Brigitte, elle a dirigé une école de ballet classique et elle a exercé le métier de secrétaire juridique. Puis, peu à peu, elle renoue avec les lettres en écrivant des textes où se mêlent la finesse d'observation et un sens aigu de la drôlerie, des monologues dignes de la grande Clémence. Son talent littéraire naissant se voit aussitôt reconnu puisqu'elle remporte le Prix littéraire de l'Abitibi-Témiscamingue en 1987, pour un texte intitulé La Coquille, une nouvelle tout à fait charmante, pleine d'effets de surprise. Alors s'amorce, peu après, le cycle des publications. D'abord, un recueil de nouvelles humoristiques, dont le titre, Persil frisé, évoque les aventures d'un petit caniche aussi surexcité qu'indéfrisable.

Alors même que sa créativité prenait son envol, Anne-Michèle intensifiait sa participation à de nombreuses activités littéraires : spectacles, nuits de la poésie, ateliers littéraires, récitals de monologues, etc...

Elle publia coup sur coup plus d'une douzaine d'ouvrages, dont les trois titres d'une vaste saga mexicaine, les plus ensoleillés de ses livres et les plus nourris de ses souvenirs de voyage dans les mers du Sud. Elle se fit également une renommée enviable dans le polar. Ses personnages, il est vrai, oublient parfois les précieux enseignements du Petit Catéchisme. Ces romans policiers, quand ils vont jusqu'au bout, quand tout s'y mêle à l'inquiétant, vous saisissent à la gorge. Si bien que le dernier en date de ses polars, Fleur invitait au troisième, a valu à son auteure, en juin 2002, le Prix Arthur-Ellis pour la meilleure œuvre policière de langue française au Canada.

La même année, Anne-Michèle faisait paraître l'un de ses romans les plus achevés, d'une écriture impressionniste absolument lumineuse, Rumeurs et marées, qui constitue un sommet de créativité et de maîtrise du langage. Éblouie par Verlaine, fascinée par Prévert et par l'art poétique japonais classique, depuis peu c'est à la poésie qu'elle consacre l'essentiel de son talent. Et plus particulièrement à cet art de la miniature que constitue le haïku, où elle se révèle d'une verve aussi fantaisiste que d'une exubérante créativité.

Entière, Anne-Michèle ne connaît pas les demi-mesures quand il s'agit de promouvoir l'excellence, chez elle comme chez ses collaborateurs. Fait à noter, elle a un sens inégalé du compagnonnage littéraire. Cela se traduit par toute une série d'ouvrages écrits en collaboration avec un ou des partenaires. Pensons ici au collectif de nouvelles Abitibissimo, publié en l'an 2000, en collaboration avec cinq auteurs, et dont l'épilogue, signé Anne-Michèle Lévesque, d'une force d'évocation sans égale, constitue une véritable pièce d'anthologie.

Organisatrice fort remuante, c'est elle qui, en 1998, avec Daniel Saint-Germain, a mis sur pied Les Aventuriers de la plume. D'abord lieu de rencontre, avant d'être regroupement d'écrivains et d'amants de la littérature, cet organisme jouit maintenant d'un rayonnement régional.

Faut-il rappeler que c'est également Anne-Michèle qui est à l'origine de la création, en 2001, du Prix littéraire jeunesse Télé-Québec, destiné comme nom l'indique à la relève, et dont les autres régions du Québec tentent maintenant de s'inspirer. Ce rayonnement, qu'elle étend aux plus jeunes, elle l'a d'abord légué à ses filles, dont Annie, éminente linguiste, native de Val-d'Or, dont les publications sont tout à la fois savantes et nourries d'un humour d'une grande finesse, et qui a fait sa marque à titre de lexicographe jusque dans la maison Larousse.

Outre ses deux filles, Anne-Michèle a deux grandes amours, tout à fait incompatibles: la mer et les chats. Mais on ne saurait ignorer l'ampleur que prend sa carrière littéraire depuis quelques années. Ne vient-elle pas d'être invitée à la Biennale de la poésie de Grenoble, en novembre prochain, et ne verra-t-elle pas pour l'occasion de ses textes publiés par la Maison de la poésie Rhône-Alpes?

Enfin, rappelons que lors de la dernière remise des Prix littéraires de l'Abitibi-Témiscamingue, dans le cadre du Salon du livre d'Amos, en mai dernier, les deux lauréats, Jaquy Lamps et François Bélisle, ont tous deux tenu à exprimer la dette qu'ils ont contractée envers Anne-Michèle, qui leur a mis le pied à l'étrier et qui avec constance, de toutes ses forces, les a soutenus dans leurs projets.

La reconnaissance est, dit-on, la mémoire du cœur. Or, c'est ici, d'une manière un peu plus officielle cette fois, l'occasion pour la communauté culturelle valdorienne de manifester toute sa reconnaissance à l'endroit d'Anne-Michèle Lévesque, pour son parcours exceptionnel, pour l'inspiration qu'elle n'a cessé de soulever, et pour son apport inestimable à la communauté qui l'a vue naître. D'où la pleine pertinence du Prix Hommage qui lui est aujourd'hui décerné, et qui fut le choix unanime des membres de la Commission de développement culturel de Val-d'Or.

Pour la poursuite de son œuvre, on ne peut que lui souhaiter d'être aussi inspirée qu'elle a su être inspirante, et espérer qu'en retour de l'affection qu'elle leur porte, ses cinq chattes lui laisseront un peu d'espace pour satisfaire le souhait de son cœur: écrire, encore et encore...